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Quand le corps des femmes devient un programme politique

Une coiffure définit elle la sénégalité d'une femme Ministre???

Il y a des affaires qui durent quarante-huit heures dans l’actualité et qui disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues. Et puis il y a celles qui révèlent quelque chose de plus profond sur notre société.

L’affaire autour de l’étudiant du CESTI Pape Djibril Guèye appartient à cette seconde catégorie.

Depuis plusieurs jours, le débat porte sur la sanction, sur la liberté d’expression, sur le rôle d’une école de journalisme ou encore sur la frontière entre opinion personnelle et responsabilité professionnelle.

 

08 juin 2026 à 16:52 | Par JaabuTv

JaabuTv article

Pourtant, une autre question mérite d’être posée.

Pourquoi, lorsqu’une femme accède à une fonction de pouvoir, son apparence devient-elle si souvent un sujet de débat public ?

La nouvelle ministre des Sports, Clotilde Coly, possède un parcours que beaucoup présenteraient comme exemplaire : experte-comptable, expérience internationale, responsabilités de haut niveau dans le secteur privé. Pourtant, ce n’est ni son expertise ni sa vision qui ont occupé l’espace médiatique dans cette polémique.

C’est son apparence.

Comme si, pour une femme, les diplômes pouvaient être éclipsés par une coiffure. Comme si les compétences pouvaient être reléguées derrière une image. Comme si le corps restait le premier terrain sur lequel les femmes devaient encore négocier leur légitimité.

Cette affaire ne concerne pas seulement une ministre.

Elle parle de toutes les femmes qui occupent des espaces de visibilité.

Les femmes politiques.

Les journalistes.

Les entrepreneures.

Les universitaires.

Les artistes.

Les activistes.

Toutes les femmes.

Toutes connaissent cette réalité : avant même que leur parole soit entendue, leur apparence est observée, commentée, disséquée.

Il y a peu, lors d’une formation, j’interrogeais les femmes présentes qui ont confirmé pour la plupart n’avoir pas le contrôle sur leur corps. Toute la société leur dicte quoi faire de leur corps. Et cette affaire aujourd’hui rappelle avec acuité, cette vérité.

Au Sénégal, cette question prend une dimension particulière à un moment où les débats sur la souveraineté, l’identité culturelle et les modèles de réussite occupent une place centrale dans l’espace public. Ce sont des débats légitimes. Nécessaires même.

Mais ils deviennent dangereux lorsqu’ils conduisent à définir qui est suffisamment sénégalais pour représenter le Sénégal.

Car l’identité n’est pas un uniforme.

La « sénégalité » ne se mesure ni à une coiffure, ni à une texture de cheveux, ni à une tenue vestimentaire.

Sinon, combien de Sénégalais et de Sénégalaises faudrait-il exclure du récit national ?

La vérité est que les femmes ont toujours porté sur leurs épaules une partie de nos angoisses collectives.

Leur manière de s’habiller.

De parler.

De travailler.

D’éduquer.

D’aimer.

D’exercer le pouvoir.

Comme si elles devaient constamment démontrer qu’elles sont à la fois compétentes, respectables, authentiques et conformes aux attentes sociales.

Les hommes, eux, sont plus souvent jugés sur ce qu’ils font.

Les femmes continuent trop souvent d’être jugées sur ce qu’elles représentent.

Chez Jaabu TV, nous racontons depuis des années les parcours de femmes africaines qui transforment leur société. Des femmes rurales aux dirigeantes d’entreprise, des artistes aux chercheuses, des élues locales aux militantes.

Et nous avons appris une chose : derrière chaque femme visible se cache une bataille invisible pour être reconnue au-delà des apparences.

C’est pourquoi le véritable enjeu de cette affaire n’est pas seulement disciplinaire.

Il est culturel.

Il nous oblige à nous demander quel regard nous portons collectivement sur les femmes qui accèdent aux responsabilités.

Sommes-nous prêts à les évaluer sur leurs résultats ?

Ou continuerons-nous à débattre d’abord de leur apparence ?

Au fond, ce débat nous invite à choisir ce qui mérite réellement notre attention collective.

Dans ce pays ou les femmes continuent d'être sous representées dans de nombreux espaces de décision, ou leur accés au pouvoir reste le fruit de longues luttes  et d'efforts constants, les questions essentielles sont ailleurs. 

Comment renforcer  la représentation politique des femmes??? Comment créer les conditions pour que les jeunes filles sénégalaises  puissent se projeter  dans ces fonctions de leadership? Voilà les débats qui devraient nous mobiliser.

Car à chaque fois que nous réduisons  une femme à son apparence, nous détournons le regard de l'essentiel : ses compétences, sa vision, son action et sa contribution  à la société.

Le véritable enjeu n'est pas de savoir à quoi ressemble une femme qui accéde au pouvoir, et encore moins si sa coifffure légitime sa "sénégalité". Le véritable enjeu est de faire en sorte  que davantage de femmes puissent y accéder, y exercer pleinement leurs responsabilités et y être jugées comme les hommes sur leurs résultats, plutot que sur leur apparence.

C'est sans doute là le débat le plus urgent pour notre démocratie.

JAABU 

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1 Commentaires

Awa Fall Diop

08 juin 2026, à 20:30

Merci de mettre la pleine lumière sur les femmes dans le processus de construction de notre nation. Merci de poser les vrais problèmes qui contribuent à retarder ce pays. 💓