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SANTE MENTALE AU SENEGAL

La jeune génération brise le silence

Absence de discussion, sujet quasi tabou... La santé mentale et sa prise en charge sont rarement évoquées dans l’espace public sénégalais. Par peur d’être incompris, les plus jeunes ne s’étendent pas sur leur mal-être.

23 octobre 2023 à 14:12 | Par JaabuTv

JaabuTv article

La jeune dame Anna Guèye, 28 ans, a lancé au début du mois d’octobre 2020, le hashtag #Cilonek, en Wolof «comment vas-tu ?», pour rompre le silence. Rencontre. «Je n’ai pas honte d’avoir surmonté ma dépression [...] de m’être libérée de cette maladie qui m’a prise en otage pendant neuf ans», lance-t-elle, ajoutant que «les crises d'anxiété et la dépression m'épuisent», ou encore «j’étais en dépression pendant plus de trois ans à cause de ma taille et la couleur de ma peau».

Sous le mot-dièse #Cilonek, les témoignages de jeunes Sénégalais défilent. Ces récits, parfois très personnels, mettent en lumière un sujet peu abordé au sein des foyers sénégalais, notamment la santé mentale.

Anna Guèye, qui est derrière #cilonek, l’avait lancé à l’occasion de la journée mondiale de la santé mentale : «Cilonek en langage familier wolof, cela veut dire “quoi de neuf ?” ou “comment vas-tu?”. J’ai lancé la campagne sur Instagram et X (ex-Twitter) pour faire réagir autour de la santé mentale. Beaucoup de personnes sont venues partager leurs expériences», explique-t-elle.

Le concept de «santé mentale» n’est pas nouveau. Déjà en 1946, le préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) en faisait état : «La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité». 

Ces dernières années, l’Oms incitait les Etats africains à se préoccuper davantage de la santé mentale des plus jeunes.

 

La dépression arrive au 4e rang des hospitalisations

Au Sénégal, les premiers psychiatres européens avaient pensé que la dépression n’existait pas sur le continent, ou qu’elle était rare, avant de se rendre compte qu'elle avait des symptômes particuliers : douleurs ou malaises physiques, sentiment d’avoir été victime d’un mauvais sort. Pendant de longues années, cette condition relevait essentiellement d'un traitement traditionnel. Aïda Sylla, psychiatre au CHU (Centre hospitalier Universitaire) de Fann à Dakar et Chef de la Division santé mentale au ministère de la santé du Sénégal, affirme qu’une «évaluation datant de 2011 dans un hôpital psychiatrique de Dakar a montré que la dépression arrivait au quatrième rang des hospitalisations et touchait plus de femmes que d'hommes, essentiellement des sujets ayant entre 40 et 60 ans»

Dans le lot, 6% ont eu des tentatives de suicide.
«La dépression arrive au quatrième rang des hospitalisations et touche plus la gente féminine…», soutient la psychiatre Aïda Sylla.

Sociologue, chercheur associé à l’Université de Rouen, auteur d’un article sur Soigner les malades mentaux errants dans l’agglomération dakaroise (1), Papa Mamadou Diagne a déclaré à SciDev.Net que la prise en charge de la dépression ou des maladies mentales en général est largement défaillante. Et, elle contribue notamment à la présence de malades mentaux errants dans la ville de Dakar. Cette errance est consubstantielle au comportement des familles et de l’Etat, qui manque de ressources.
L’Etat aussi est fautif, car il n'y a presque pas de structure adaptée pour les internements, malgré la loi n° 75-80 du 9 juillet 1975 relative au traitement des maladies mentales et au régime d'internement de certaines catégories. L'internement n’est pas opérationnel, car il n'y a qu’un seul centre, celui de Thiaroye, en banlieue de Dakar. Lorsque les malades doivent être libérés, il faut un suivi de la famille, souvent défaillant, à cause des contraintes financières. Et même les associations ne sont pas à la hauteur. La seule organisation caritative d’envergure s’occupant des malades mentaux, est l’Association sénégalaise pour le suivi et l’assistance aux malades mentaux (Assamm), qui est démunie de moyens adéquats.
Selon Mamadou Habib Thiam, les guérisseurs acceptent parfois que les malades continuent le traitement médical ; dans d’autres situations, ils exigent que le patient arrête d’abord le traitement moderne. «Quand ils reviennent, quoi qu’il en soit, nous essayons d’assurer le suivi. De toute façon, nous appartenons à un service public, nous sommes payés par l'Etat. Nous n'avons pas le droit de leur dire de ne pas aller chez le guérisseur».

Samba FAYE

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