Les cheveux sont politiques
Au-delà de la beauté, une question politique et identitaire
15 janvier 2024 à 11:24 | Par JaabuTv
Depuis quelques années, les cheveux dépassent leur seule dimension esthétique. A travers des artistes engagés comme Solange, Lady Gaga et Inna Modja ils transgressent les normes sociales et posent des questions politiques et identitaires.
Une coupe de cheveux pour combattre le racisme ? Cette idée, aussi farfelue soit elle, commence à faire son chemin dans le monde pailleté de la pop culture. Outre leur dimension esthétique habituelle, les cheveux sont aujourd’hui au coeur d’une démarche politique et identitaire nouvelle pour certains artistes. C’est en tout cas la manière dont Solange Knowles se sert de sa chevelure au sein de la sphère culturelle.
Au cœur du documentaire Je suis noires de Rachel M’Bon et Juliana Fanjul, traitant du racisme en Suisse et présenté au FIFDH ce début mars, la question du cheveu texturé revient dans les bouches des protagonistes pour éclairer une blessure profonde: encore aujourd’hui, le cheveu crépu représente le «mauvais» héritage capillaire, face à la «bonne» chevelure – la norme – lisse et longue. Il faut donc le cacher sous une perruque ou des rajouts, le discipliner. Le casser. «Se lisser les cheveux a longtemps été associé à des stratégies de survie: durant l’esclavage ou la colonisation, c’étaient les femmes avec la peau la plus claire et les cheveux les plus lisses qui pouvaient quitter les champs pour travailler dans les maisons», rappelle Sylvie Makela, cofondatrice du salon de coiffure Tribus Urbaines à Lausanne, dont la raison d’être est la mise en valeur des cheveux texturés.
La sociologue Juliette Smeralda, qui a consacré deux livres à ce sujet – Peau noire, cheveux crépus. Histoire d’une aliénation et Du cheveu défrisé au cheveu crépu – ne dit pas autre chose. Les outils utilisés autrefois pour soigner ces cheveux et le savoir-faire en la matière ont été perdus. Le peigne «des Blancs» est devenu la norme, sauf qu’il est inadapté. Les séances de coiffure tournent alors à la torture, renforçant dans l’esprit des principales concernées le stigmate d’un cheveu inapproprié, sauvage, récalcitrant.
S équelles psychologiques
A travers l’histoire du cheveu crépu se prolonge donc celle de la domination d’une population sur l’autre. C’est aussi pour cela que l’Unesco a classé le défrisage parmi les séquelles psychologiques liées à la traite négrière. Cette pratique, qui consiste à employer des produits chimiques très agressifs pour altérer la texture du cheveu, est encore abondamment utilisée et peut malheureusement conduire à de graves brûlures du cuir chevelu.
Mais comment envisager autre chose lorsque toutes les représentations autour de soi ne projettent qu’un même idéal de beauté caucasien? L’expérience de psychologie sociale de «la poupée noire» menée dans les années 1950 par Mamie et Kenneth Clark a été réitérée pour le récent documentaire Noirs en France – écrit et réalisé par Alain Mabanckou et Aurélia Perreau – et donne le même résultat: les enfants noirs rejettent la poupée noire et veulent la poupée blanche, la plus répandue.
Dans un entretien pour le blog «Black & Curly», Juliette Smeralda affirme: «La question de la poupée est centrale. Elle est un objet identitaire, un objet de projection pour l’enfant. Elle contribue à forger sa vision de la beauté, de l’équilibre, du naturel. La petite fille noire est la seule au monde qui n’a pas cet objet identitaire. C’est la seule qu’on construit avec l’identité des autres.»
Source le temps

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