Entrepreneuriat | Heritage
MAMYTO NAKAMURA, CINEASTE
«Ce film est une sorte de thérapie pour toutes les survivantes de violences sexuelles»
Le film ‘Au nom du Sang’ se veut un cri du cœur de la cinéaste Mamyto Nakamura, qui rêve à travers cette production de pouvoir lever le voile sur le fléau des violences sexuelles. Celles-ci «sont souvent tolérées socialement, sous déclarées en raison de la stigmatisation et de la peur des représailles», regrette-t-elle. Aujourd’hui, la phase de production terminée, le défi pour Mamyto est de faire projeter le film dans les écoles et centres culturels régionaux du pays afin de toucher le maximum de cibles, mais aussi et surtout de faire libérer la parole des victimes.
21 août 2024 à 07:00 | Par JaabuTv
Jaabu Tv : Pourquoi ce film sur les violences sexuelles ?
Mamyto NAKAMURA : Au Sénégal, les filles et les femmes sont confrontées à plusieurs défis dont l’accès à l’éducation, la santé sexuelle et reproductive, la sécurité. Les stéréotypes de genre, les normes sociales et les pratiques traditionnelles les désavantagent et entravent leur épanouissement. Les acquis des militantes et activistes des droits des femmes et des filles peinent à être appliqués au niveau juridique. Les tabous sociaux, la pression et la crainte de la stigmatisation entravent l’utilisation des services existants. Les violences sexuelles sont souvent tolérées socialement, sous déclarées en raison de la stigmatisation et de la peur des représailles. Le manque d’accès à des informations fiables et adaptées est souvent un obstacle majeur. Nous continuons d’enregistrer des cas de violences sexuelles tout au long de l’année, malgré le travail des militants. La plus part des actions sont concentrées sur Dakar et sa banlieue au détriment des régions et zones reculées du pays. Raison pour laquelle j’ai fait ce film pour donner libre accès à l’information à toutes les communautés. Ce film est aussi une sorte de thérapie pour moi et pour toutes les survivantes de violences sexuelles.
Quid de la production du film ?
Le film est produit par Lalia Production dont je suis la manager, c’est donc une auto production. Je n’ai pas voulu attendre d’avoir un financement ou avoir accès à certains guichets vu l’importance du thème et l’urgence de le porter à l’écran pour apporter un élément de plaidoyer. Ce qui pose le problème de financement de nos films au Sénégal, surtout les courts métrages. Il est très difficile, aujourd’hui, de bénéficier de financement surtout quand c’est son premier court métrage. Lalia Production travaille dans la production de contenus audiovisuels et cinématographiques depuis 2016 ; et ce film est notre premier produit cinéma. Nous avons produit les podcasts et films d’entreprise de plusieurs organismes et marques au Sénégal et en dehors.
Quel impact une telle production peut avoir dans vos combats au nom des femmes ?
Je suis convaincue que le cinéma joue un rôle essentiel dans la lutte contre les injustices sociales, et pour le respect des droits des femmes et des jeunes filles au Sénégal. Nos productions sont regardées par un large public ; d’où l’intérêt de produire des contenus de qualité à l’endroit des populations. Les spectateurs s’identifient aux acteurs et actrices qui interprètent les rôles à l’écran. Ils les aiment et les suivent. Ils suivent aussi leurs faits et gestes et se voient en eux, en leurs histoires ; donc, faire du cinéma reviendrait à la militante que je suis à contribuer à l’épanouissement de ma communauté, à sensibiliser, à appétât «la bonne parle» à tous. Le spectateur ne consomme que ce qu’on lui sert, à nous de faire l’effort dans nos productions …
Comment comptez-vous relever le défi de la vulgarisation des messages de ce film ?
Notre ambition est de faire voir ce film à un plus large public. Le faire parcourir le pays et au-delà nos frontières. Nous faisons un appel à tous les bailleurs pour nous appuyer dans cette ambition de faire projeter le film dans les écoles et centres culturels régionaux du pays. Toutes les projections seront suivies de panel sur «la prise en charge post traumatique des survivantes de violences sexuelles» ; ce sera une occasion de libérer la parole, de donner aux survivantes, aux familles l’occasion de parler des violences sexuelles ouvertement et sans tabous avec l’appui des professionnels de la santé mentale et de la justice.
Quel est votre message à tous ces acteurs qui travaillent dans le monde du cinéma ?
Je suis reconnaissante à toutes mes équipes et à toutes les personnes qui ont contribué à donner vie à ce projet, qui me tient particulièrement à cœur. Un grand merci à l’actrice Ndiaye Ciré Bâ (Jalika de la série Maîtresse d’un homme marié) pour son soutien permanent, pour sa bienveillance et pour son engagement pour la cause des femmes et des filles. A Nourou Sarr grâce à qui le film a pu être tourné. A toutes les bonnes volontés qui ont mis la main à la patte pour sortir la tête de l’eau quand la situation était difficile à gérer. Un hommage à toutes les militantes des droits des femmes et des filles. Nous sommes ouverts à toutes propositions qui permettraient au film de faire le tour du Sénégal et même à l’international.
Réalisé par Jaabu
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