JaabuTv est sur :

Education

Séminaire international sur les enfants en situation difficile au Maroc

Les filles représentent environ 45 à 50 % des enfants impliqués dans des travaux dangereux ou non rémunérés et sont souvent victimes d'abus

Mbayang Madjiguene Diop est la Coordonnatrice de la Cellule d’Appui à la protection de l’Enfance (CAPE) au sein du Ministère de la Famille et des Solidarités. Elle vient de participer au séminaire international sur la protection des enfants en situation difficile au Maroc. Cette rencontre internationale a réuni plusieurs experts du Maroc, de l'Espagne, du Sénégal pour un partage d'expériences et mettre en place une synergie d'actions pour faire du centre Guindi un centre pilote dans la prise en charge des enfants en situation difficile. Mme Diop revient dans cet interview sur la participation sénégalaise. Entretien

03 décembre 2024 à 09:53 | Par JaabuTv

JaabuTv article

Bonjour Mme Diop pouvez vous revenir sur les raisons de votre participation à ce séminaire international sur les enfants vulnérables ?


Ma participation au séminaire international sur la protection des enfants en situation difficile a été une expérience extrêmement enrichissante et une occasion précieuse d’échanger avec des experts et des praticiens du Maroc, d’Espagne et du Sénégal, tous engagés dans une cause qui me tient profondément à cœur.
En tant que Coordinatrice de la Cellule d’Appui à la Protection de l’Enfance (CAPE) au Sénégal dont l’une des missions consiste à l’appui à la prise en charge des enfants vulnérables, j’ai eu l’opportunité de représenter notre pays et de mettre en lumière les efforts réalisés dans le cadre du Projet d’Appui Institutionnel au Système de Protection de l’Enfance au Sénégal (PAISPES) piloté par la Cellule que je dirige. Cette initiative concourt à repositionner le Centre Ginddi et d’en faire un centre pilote de référence dans la prise en charge des enfants en situation difficile.
Ainsi cette rencontre a permis plus spécifiquement de présenter les interventions du Centre Ginddi qui joue un rôle central dans la prise en charge des enfants en situation difficile. Mon intervention a permis de partager les défis que nous rencontrons, notamment en termes de ressources humaines et de financement, mais aussi les avancées significatives réalisées grâce à une vision intégrée et collaborative.
Ce séminaire a été marqué par des échanges fructueux et des visites de terrain qui nous ont permis de découvrir des modèles marocains innovants. Ces modèles mettent l’accent sur une approche communautaire et intersectorielle, en impliquant des acteurs locaux et en développant des structures spécialisées. Une des leçons les plus marquantes a été l’importance d’un dispositif comme un observatoire national, qui pourrait permettre de suivre et d’évaluer l’impact de nos programmes au Sénégal.
En termes de perspectives, cette rencontre a été une opportunité de renforcer la coopération entre les trois parties, Sénégal, Maroc, et Espagne. Nous avons convenu de prioriser la réhabilitation et la modernisation du Centre Ginddi, mais aussi de développer les compétences des professionnels du secteur pour une prise en charge plus efficace et adaptée. Je suis convaincue que les actions qui suivront ce séminaire permettront d’offrir de meilleures chances aux enfants vulnérables et de consolider un modèle de protection pérenne.
Ce séminaire a été bien plus qu’un simple échange de connaissances. Il a marqué un tournant dans notre façon de collaborer et de concevoir des solutions durables pour répondre aux besoins des enfants en situation difficile, tout en tenant compte des réalités spécifiques de nos pays. Mon engagement pour cette cause en ressort encore plus fort, et je suis déterminée à continuer de travailler pour améliorer le système de protection de l’enfance au Sénégal.
Ce séminaire m’a permis de constater à quel point la collaboration internationale et l’échange d’expériences peuvent accélérer les progrès en matière de protection des enfants, mais également de relever les défis qui demeurent, comme la sensibilisation continue des communautés et la création d’un environnement juridique solide pour soutenir les droits des enfants. Je suis particulièrement fière de l'impact positif que ce séminaire a eu sur le renforcement des capacités locales et sur la définition de recommandations pratiques qui guideront notre travail futur dans la protection des enfants au Sénégal.

Quel est le nombre d'enfants concernés c'est à dire en situation difficile au Sénégal ?
Au Sénégal, le nombre d'enfants en situation difficile est significatif et préoccupant, bien que les estimations varient en fonction des catégories. Par exemple, selon des rapports récents (HRW 2019), il y aurait environ 100 000 enfants talibés, dont une grande partie est exposée à la mendicité forcée. Par ailleurs, plusieurs milliers d'enfants vivent dans la rue, notamment dans des zones urbaines comme Dakar, où ils sont souvent confrontés à des risques d'abus, de violence et de marginalisation.
Le travail des enfants est également une réalité pour plusieurs centaines de milliers de jeunes, impliqués dans des activités souvent dangereuses ou exploitantes. Enfin, l’exclusion scolaire demeure un facteur aggravant, avec de nombreux enfants non scolarisés ou abandonnant prématurément le système éducatif, ce qui augmente leur vulnérabilité.
Ces chiffres reflètent l’urgence d’intervenir pour renforcer les systèmes de protection, et c’est dans ce cadre que des initiatives comme le projet PAISPES et des séminaires internationaux sont mis en place pour proposer des solutions adaptées et durables."


Sur ces chiffres, avez-vous les données désagrégées et quel est le taux de jeunes filles en situation vulnérable ? 


Les données disponibles montrent que la situation des enfants en difficulté au Sénégal varie selon les catégories, mais les filles y sont souvent surreprésentées dans certaines situations de vulnérabilité. Par exemple, dans le cas des enfants talibés, la grande majorité sont des garçons, avec une proportion de filles estimée à moins de 5 %. En revanche, les filles représentent environ 45 à 50 % des enfants impliqués dans des travaux dangereux ou non rémunérés, notamment dans le secteur domestique, où elles sont particulièrement exposées aux abus.
En ce qui concerne les enfants des rues, bien que les garçons soient plus nombreux (environ 60 à 70 %), les filles, bien que moins visibles, subissent des risques accrus, notamment les violences sexuelles et l’exploitation. Dans le domaine de l’éducation, les filles constituent environ 55 % des enfants non scolarisés, particulièrement dans les zones rurales où les normes sociales et les tâches domestiques freinent leur accès à l’école.
Ces chiffres mettent en évidence l'importance d'une approche différenciée et inclusive dans la mise en œuvre des programmes de protection, afin de mieux répondre aux besoins spécifiques des jeunes filles, qui sont souvent confrontées à une double vulnérabilité liée à leur statut d’enfant et de fille."


Quels sont les critères qui permettent de déterminer qu'un enfant est en situation vulnérable ?
Un enfant est considéré en situation vulnérable lorsqu'il est exposé à des facteurs qui compromettent son bien-être, sa sécurité, ou son développement harmonieux. Ces critères incluent : absence de soutien parental, négligence, violences domestiques, ou exploitation (travail forcé, mendicité, abus physiques ou sexuels), pauvreté extrême, privation des besoins fondamentaux (nourriture, logement, vêtements), non-scolarisation, abandon scolaire, malnutrition, maladies chroniques, handicap, ou absence de soins médicaux adéquats, absence d’état civil (non-déclaration de naissance), ou enfants réfugiés, déplacés internes ou affectés par des conflits.
Ces critères, souvent interdépendants, permettent d’identifier les enfants nécessitant une prise en charge adaptée et urgente pour garantir leurs droits fondamentaux et leur épanouissement.


Ce séminaire international a permis de recenser les meilleures pratiques et solutions adaptées à la prise en charge des enfants vulnérables pouvez-vous nous dire lesquels ?

Le séminaire a permis de recenser plusieurs meilleures pratiques pour la prise en charge des enfants vulnérables, notamment :
La Prise en charge communautaire : Renforcer l'implication des communautés locales et former les acteurs locaux.
La Réhabilitation des centres d'accueil : Moderniser les structures existantes, comme le Centre Ginddi, pour une prise en charge globale.
Partenariat triangulaire : Partager les expériences entre le Sénégal, le Maroc et l’Espagne pour adapter les pratiques aux contextes locaux.
Inclusion des enfants : Assurer leur participation active dans les programmes de protection et de réinsertion.
Approche intersectorielle : Intégrer les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice dans la protection de l’enfance.
Ces solutions visent à offrir une réponse durable et adaptée aux besoins des enfants vulnérables.

Quelles sont les mesures prises par l'Etat du Sénégal pour palier à ce phénomène, et rendre plus inclusif les enfants dits vulnérables ?
L'État du Sénégal a pris plusieurs mesures pour pallier le phénomène de la vulnérabilité infantile et rendre les politiques de protection plus inclusives. Voici les principales initiatives :
L'État a élaboré la stratégie nationale de la protection de l’enfant (SNPE), qui vise à créer un environnement politique, juridique et institutionnel protecteur contre les abus, l'exploitation, la négligence et la violence à l'encontre des enfants, cette stratégie inclut des actions spécifiques pour améliorer les mécanismes de prise en charge des enfants vulnérables.
Le Sénégal a ratifié plusieurs traités internationaux tels que la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) et la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant (CADBE), qu’il a intégré dans sa législation nationale.
Des lois spécifiques contre le travail des enfants, la maltraitance et l'exploitation des enfants, comme la loi sur l'interdiction de la mendicité forcée des enfants talibés, ont été mises en place.
La mise en place successive de deux Plans d'Action Nationaux de Protection de l'Enfance (2013-2015 et 2016-2018) qui vise à protéger les enfants contre la violence, les abus et la négligence, et à promouvoir leur bien-être, en mettant l’accent sur les enfants vulnérables (talibés, enfants de la rue, etc.), Il inclut des programmes de réhabilitation, de réinsertion et de prévention, tout en renforçant la capacité des structures d’accueil.
L'État soutient et modernise des centres d'accueil comme le Centre Ginddi pour offrir une prise en charge appropriée aux enfants vulnérables.
Des programmes de réinsertion sociale et scolaire sont mis en place pour aider les enfants, notamment ceux issus de la rue ou des écoles coraniques, à se réintégrer dans la société.
Ces mesures visent à garantir une approche intégrée et durable pour améliorer la vie des enfants vulnérables au Sénégal, en leur offrant une protection juridique, une éducation et un environnement sûr et inclusif.

le mot de la fin?
En conclusion, les mesures prises par l'État du Sénégal montrent un engagement fort envers la protection et l'inclusion des enfants vulnérables. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour garantir que chaque enfant, sans distinction, puisse grandir dans un environnement sûr, épanouissant et respectueux de ses droits. C'est en unissant les efforts du gouvernement, de la société civile et des partenaires internationaux que nous pourrons offrir un avenir meilleur à tous les enfants du Sénégal.

                                                                                           propos recueillis par Jaabu

Vous aimerez aussi

0 Commentaires