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Adja Madeleine Ngom : seule rescapée au milieu des hommes s’ennuie sur ses 7,50 mètres sur le bitume dakarois

À Dakar, la toponymie raconte une histoire qui s'écrit presque exclusivement au masculin. Entre les généraux, les érudits et les chefs d'État, une plaque bleue résiste : celle d'Adja Madeleine Ngom. Pionnière politique dans la région du Cap-Vert, elle est aujourd'hui l'unique figure féminine à donner son nom à une rue de la capitale. Un symbole de prestige qui souligne, par contraste, l'effarante invisibilisation des femmes dans l'espace public sénégalais.

13 février 2026 à 09:14 | Par JaabuTv

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Dakar, ses larges avenues et ses ruelles étroites, semble avoir été bâtie par et pour les hommes. Si vous arpentez le centre-ville, vous croiserez les ombres de Lamine Guèye ou de Blaise Diagne, Valdiodio Ndiaye ou plus récemment Me Abdoulaye Wade. Mais pour rencontrer une femme, il faut se rendre au Plateau, à l'angle de l'avenue Jean JAURES, à l’angle du célèbre marché Sandaga. C'est là que "vit" Adja Madeleine Ngom.

Pour la petite histoire, c’est en 1973, bien après son décès, à l’occasion de la deuxième année de célébration de la journée de la femme que le maire de Dakar d’alors ,le DR Samba GUÉYE  accompagné du gouverneur Thierno Ndaw  et de Mamadou Diop avait inauguré cette rue. C’était historique. Le nom d’une rue de la capitale donnée à une femme. Et le constat est que depuis lors il n’y en a pas une autre.

Depuis lors, une autre promesse avait été celle de donner le nom d’une autre rue à Adja Ndoumbe NDIAYE , autre importante figure politique de la capitale. La toute première femme Sénégalaise à s’être lancée en politique à Dakar. Ce vœu n’a jamais été exaucé. Et depuis 1973.Soit 53 ans après, les femmes Sénégalaises attendent encore.

Réduire Adja Madeleine Ngom à une simple plaque de rue serait une erreur historique. Elle fut une véritable pionnière politique dans l'ancienne région du Cap-Vert (actuelle région de Dakar). À une époque où l'arène politique était un bastion masculin quasi imprenable, elle a su imposer son leadership, mobilisant les foules et structurant les mouvements de femmes au sein de l'UPS (Union Progressiste Sénégalaise). Sénégalaise à s’être lancée en politique à Dakar. Ce vœu n’a jamais été exaucé.  Et depuis 1973 , soit 53 ans après, les femmes Sénégalaises attendent encore.

L’influence de Adja Madeleine NGOM n'était pas que symbolique : elle était le pont entre les aspirations des citadines de la presqu'île et les cercles de pouvoir de l'époque. Pourtant, malgré son héritage de bâtisseuse de la nation, elle reste aujourd'hui la seule et unique rescapée féminine de la nomenclature urbaine dakaroise.

 Comment expliquer qu'une nation si riche en figures féminines fortes , des Linguères de jadis aux intellectuelles modernes ,n’accorde pas aux femmes une place sur son plan cadastral ? La toponymie est un acte politique ; elle décide de ce qui mérite de rester dans la mémoire collective. En n'attribuant que des noms masculins aux artères de la capitale, la ville entretient un récit tronqué. Ce choix suggère, à tort, que le destin du Sénégal s'est forgé sans ses filles. Adja Madeleine Ngom s'ennuie, entourée de ministres et de notables en costume, comme si le courage et l'engagement politique étaient d’un seul genre.

L'enjeu dépasse la simple plaque de fer émaillé. Pour les jeunes Dakaroises, l'absence de noms féminins dans les rues crée un vide dans leur imaginaire. Car il est ridicule de penser que ce pays a été uniquement construit par des fils.

« Nommer une rue, c’est dire à un enfant : "Voici quelqu'un qui a compté". Quand une petite fille ne voit que des noms d'hommes, elle finit par croire que l'espace public ne lui appartient pas tout à fait », analyse un urbaniste.

Il est temps que les autorités municipales et nationales sortent de cette amnésie sélective. De Ndatte Yalla Mbodj à Caroline Faye, en passant par Mariama BA jusqu’aux plus récentes, les candidates pour rejoindre Adja Madeleine Ngom ne manquent pas.

En attendant un sursaut de mixité urbaine, la pionnière du Cap-Vert continue de veiller seule sur son bout de bitume. Une sentinelle solitaire qui nous rappelle que, si les femmes font marcher le pays, elles n'ont toujours pas le droit de citer sur ses murs.

            Diabou BESSANE  DIOUF

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